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Charisme du coach : mais au fait, de quoi parle-t-on ?
On m’a dit cette semaine : « l’équipe gagne mais ça ne va pas durer. Le coach ne tient pas son vestiaire, il manque de charisme. »
Dans le sport un mot revient souvent lorsqu’on évoque les entraîneurs qui marquent leur équipe : le « charisme ». Mais derrière ce terme que l’on utilise parfois comme une évidence, que désigne exactement ce mot ? Et surtout : s’agit-il d’un don mystérieux, réservé à quelques-uns, ou d’une compétence que l’on peut développer ?
Cette semaine, je questionne beaucoup et propose que chacun se fasse son idée.
Un mot simple pour une réalité complexe
Le charisme est souvent associé à la capacité d’influence, à la présence, à cette manière d’occuper l’espace sans effort apparent. Certains y voient une aura personnelle, d’autres la faculté d’entraîner les gens dans une direction, d’inspirer, d’incarner. Mais peut-on vraiment s’accorder sur une définition claire ? Est-ce un ensemble de comportements observables ? Un ressenti subjectif ? Une perception collective construite au fil du temps ?
Dans un vestiaire, deux joueurs ne perçoivent pas forcément leur coach de la même manière. L’« épaisseur » du charisme se joue certainement aussi dans cet espace invisible entre ce que le coach dégage, ce que l’équipe projette, et ce que chacun ressent.
Naît-on charismatique, ou le devient-on ?
On entend souvent : « Lui, il a du charisme » ; comme si c’était un cadeau reçu à la naissance. D’un côté, certains semblent effectivement posséder une forme de présence naturelle. Une aisance relationnelle, un art spontané de capter l’attention, une capacité intuitive à influencer sans imposer. On pourrait parler d’un « capital charismatique » avec lequel ils démarrent.
Mais cela suffit-il à en faire des leaders inspirants ? Et surtout, ceux qui n’ont pas cette facilité sont-ils condamnés à en manquer ?
Si on observe attentivement les coachs expérimentés, un autre angle apparaît : beaucoup d’entre eux gagnent en présence au fil des années. Ils apprennent à ajuster leur communication, à créer du lien, à assumer leur style, à mieux se connaître… autant d’éléments qui contribuent à ce que l’on pourrait appeler une forme de charisme construit.
Alors, le charisme est-il vraiment une donnée personnelle immuable ? Ou un ensemble de compétences, de pratiques et de postures qui se développent avec le temps, l’expérience, les réussites et les épreuves ?
Et pourquoi ne pas imaginer que le charisme n’est ni totalement inné, ni totalement acquis… mais co-construit dans la relation avec le groupe ?
Quel rôle le charisme du coach dans la performance de l’équipe ?
Dans les moments forts (discours du vestiaire, tempêtes, phases de doute) le charisme du coach semble avoir du poids. Il peut susciter l’engagement, renforcer la cohésion, créer une dynamique collective.
Mais est-il vraiment essentiel à la performance ?
Ou simplement l’un des multiples ingrédients, parfois surestimé, parfois sous-estimé ?
Un coach charismatique sans rigueur technique peut-il porter une équipe sur la durée ? A l’inverse, un coach discret mais structuré, empathique, à l’écoute, peut-il être tout aussi influent dans la construction d’un collectif solide ?
Et puis, le charisme est-il toujours un avantage ? Peut-il devenir un piège lorsqu’il prend trop de place, lorsque l’équipe dépend trop de la personnalité du coach, ou lorsque l’image éclipse l’humain ? À quel moment le charisme fédère-t-il et à quel moment se met-il à peser ?
Ces questions sont intéressantes car elles invitent à s’interroger sur ce que l’on valorise vraiment chez un coach : la présence ? la compétence ? la cohérence ? la capacité à s’adapter ?
Une invitation à se questionner sur sa propre posture
Pour un entraîneur, réfléchir à cette notion de charisme n’est pas un exercice théorique.
C’est aussi une manière de se demander :
- Qu’est-ce qui, dans ma manière d’être, influence réellement mon équipe ?
- Qu’est-ce que mes joueurs perçoivent comme de la force ou comme une façade ?
- Quelle part de « mon charisme » dépend de moi, et quelle part dépend de la relation que j’entretiens avec mes joueurs ?
- Suis-je davantage tourné vers l’idée de « paraître » un certain type de leader, ou vers celle d’habiter pleinement mon rôle au service du collectif ?
- Et si « mon charisme » n’était pas une qualité à démontrer, mais un espace d’exploration personnelle et relationnelle : qu’est-ce que cela changerait dans ma façon d’entraîner ?
Le charisme du coach reste une notion à la fois séduisante et insaisissable. On la perçoit chez certains comme une évidence, on la cherche parfois chez soi, on l’envie, on s’en méfie aussi. Ce flou dans la notion me semble être finalement une opportunité : celle d’interroger sa manière d’être, ses intentions, sa présence auprès de ses joueurs.
Car derrière ce mot se cachent peut-être moins des dons exceptionnels que des questions profondément humaines : comment je me positionne ? Comment je communique ? Comment je crée le lien ? Comment je gère mes propres doutes pour ne pas les faire peser sur l’équipe ?
Explorer ces questions demande parfois du recul, un recul qu’on a rarement lorsqu’on est immergé dans la dynamique d’une saison, dans les urgences du quotidien, les objectifs à atteindre ou les tensions à réguler. C’est là que mon travail prend tout son sens. Se faire accompagner ce n’est pas pour « fabriquer » artificiellement du charisme, ni pour imposer un modèle de leadership prêt à l’emploi, mais pour avoir un espace où clarifier ce qui nous appartient vraiment : notre manière d’être, notre impact, nos ressorts personnels. J’aide à explorer les zones moins visibles, à éclairer ce qui se joue dans la relation au groupe, à visiter les angles morts. Non pas pour dire comment être, mais pour accompagner les coachs à incarner le coach qu’ils souhaitent être.
Parce que, au fond, la vraie question n’est peut-être pas : « Ai-je du charisme ? »
mais plutôt : « Quel type de présence ai-je envie d’incarner auprès de mon équipe ? »