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par | 8 février 2026

L’entraîneur, ce fusible

Le métier d’entraîneur porte toute une série d’attentes, de jugements et de risques qui semblent normaux (finalement presque banals) dans la culture sportive.

Est-ce qu’un coach n’a pas tout au long d’une saison en tête, + ou moins présente, la question : « Et si, cette saison, c’est moi qu’on congédie ? »

Dans le sport de haut niveau, l’insécurité de l’emploi est une réalité partagée par de nombreux entraîneurs qui vivent cette menace comme un élément structurel de leur travail. Cela ne veut pas dire que tous vivent mal chaque seconde, mais que la dimension du risque professionnel est intégrée dans le métier lui-même.

Et ce n’est bien évidemment pas sans conséquences …

 

L’insécurité professionnelle n’est pas une variable accessoire

Une recherche auprès de 299 entraîneurs de haut niveau montrent qu’un sentiment élevé d’insécurité d’emploi à mi-saison est associé à une augmentation des signes d’épuisement, et à une baisse du bien-être perçu à la fin de la saison.

Ce qui est intéressant, c’est que ce n’est pas seulement la charge de travail qui pèse, mais cette imprévisibilité du maintien dans le poste qui s’installe en background. 

Les coauteurs de cette étude expliquent que le coaching de haut niveau, du fait de sa nature hautement concurrentielle et évaluative, expose les entraîneurs à des attentes de résultats qui peuvent être « critiques, sévères et potentiellement destructrices pour la santé psychologique » si elles ne sont pas contextualisées et discutées.

On peut dès lors se demander ce que cela produit chez celui qui donne des consignes, qui motive, qui s’ajuste continuellement ?

  • Stress et bien-être diminué

Les entraîneurs exposés à une insécurité d’emploi constante montrent + d’épuisement émotionnel, de sentiments négatifs vis-à-vis de leur travail, et moins de satisfaction au quotidien.

  • Pression interne et externe mal définie

Lorsqu’un entraîneur est licencié, ce n’est pas seulement un « remplacement » professionnel : c’est souvent une rupture narrative personnelle, un questionnement profond : où était la ligne entre responsabilité et interprétation subjective ? Une étude qualitative menée auprès de techniciens de football élite montre que le manque de transparence sur les causes d’un renvoi crée une souffrance émotionnelle distincte de la simple défaite sportive.  

  • Risques de santé mentale

Une étude récente montre que les entraîneurs présentent des niveaux de détresse psychologique qui, s’ils sont ignorés, peuvent s’exprimer sous forme d’anxiété, de troubles du sommeil ou de détachement émotionnel, tout comme chez les sportifs.

Peut-on voir cela comme un simple « stress normal » propre au métier, ou y a-t-il un effet cumulatif ?

Un coach vit plusieurs paradoxes simultanés : être responsable d’un collectif mais vivre une trajectoire professionnelle souvent isolée, porter la pression des autres tout en devant ignorer la sienne, rester engagé dans la performance même lorsque l’environnement professionnel semble instable.

Ce n’est pas simplement une question d’endurance psychologique. C’est une question d’identité professionnelle : comment continue-t-on à mettre de l’énergie, de la créativité, de la présence quand l’horizon du poste est court ou incertain ?

Les études ne disent pas que tous les entraîneurs vont « craquer » ou « échouer ». Elles pointent plutôt vers une interrogation systémique :

  • Est-ce que la norme d’évaluer un entraîneur principalement sur une série de résultats immédiats est utile ou toxique ?
  • Comment peut-on clarifier les attentes de performance pour que les entraîneurs ne naviguent pas à vue ?
  • Et si l’on reconnaissait que la santé mentale du coach est aussi une composante de performance collective, au même titre que celle des joueurs ?

Mon propos ne vise pas à diminuer les exigences, mais plutôt à mettre en lumière une nouvelle fois cette réalité souvent ignorée et pour inviter à penser autrement la tension entre performance, responsabilité, et sécurité professionnelle.

 

Le coach n’est pas un fusible à remplacer à volonté. Son rôle est central, sa responsabilité réelle, et sa santé psychologique est une composante indispensable de la performance collective.

Les clubs, les dirigeants, et les fédérations doivent créer un environnement où les attentes sont claires et où le bien‑être de l’entraîneur est pris en compte. Des outils de soutien, des évaluations transparentes, et des dispositifs d’accompagnement sont essentiels pour que le coach puisse travailler. Il ne s’agit pas de « câlinothérapie » mais bien de performance !

Du côté du coach, il est indispensable de se protéger et de se renforcer. La supervision professionnelle : l’échange régulier avec un professionnel de l’accompagnement et la réflexion sur sa pratique, est un outil concret pour transformer la pression du quotidien en lucidité, en énergie, et en créativité. Accompagné et soutenu, le coach devient un exemple pour l’équipe : il inspire, il guide, et il accompagne sans s’épuiser.

Le métier d’entraîneur peut être exigeant et parfois précaire, mais il est possible d’en faire un rôle durable et humain, à condition que l’environnement assume sa part de responsabilité et que le coach investisse dans son accompagnement personnel.

Le fusible devient un levier : il transforme la pression en développement et en force collective.