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L’entretien de fin de saison : ce rendez-vous qu’on ne peut pas se permettre de négliger
Pour de nombreuses équipes et sports, l’actu c’est bien évidemment la fin de saison. Une période importante pour tout le staff.
Focus cette semaine sur l’entretien de fin de saison. Il me semble qu’il est tout simplement clé ! L’entraineur qui ne prend pas le temps de le faire ne sait pas ce qu’il rate.
J’entends parfois que l’entretien n’a pas d’intérêt, que tout a déjà été dit. Sauf que non, tout n’a pas déjà été dit. Et surtout, tout n’a pas été entendu.
La fin de saison est une période charnière. Et dans la précipitation du recrutement, on passe souvent à côté d’un moment pourtant fondamental : l’entretien individuel de bilan avec chaque joueur.
Je voudrais, dans cet article, convaincre que ce rendez-vous n’est pas une formalité. C’est un levier de performance et de leadership. Et qu’il mérite autant d’attention et de préparation que l’entretien de début de saison. Peut-être même davantage.
La fin de saison c’est une transition. Pour ceux qui restent dans le club, comme pour ceux qui partent. Et pourtant, combien d’équipes professionnelles s’en sortent avec un simple « Bonnes vacances ! » Combien de joueurs quittent un club sans qu’on leur ait demandé comment ils avaient vécu leur saison, ce qu’ils avaient appris, ce qu’ils auraient voulu vivre autrement ?
C’est une occasion manquée. À 2 niveaux.
> Pour ceux qui restent : on pose déjà les fondations de la prochaine saison.
Voilà ce qu’on oublie trop souvent : l’entretien de fin de saison, c’est en réalité le 1er acte de la saison suivante.
En psycho organisationnelle, on sait que la motivation au travail, et dans le sport la motivation du joueur, est étroitement liée à un sentiment : celui d’être vu, reconnu, et entendu. Deci et Ryan, dans leur théorie de l’autodétermination, ont démontré que le besoin de compétence, d’autonomie, et d’appartenance est universel. Et qu’il se nourrit dans les espaces de dialogue authentique. Un joueur qui part en vacances sans avoir eu cet espace-là repart avec ses questions non posées, ses frustrations non exprimées, ses ambitions non formulées. Et il revient à la reprise avec tout ça dans sa poche !
L’entretien de fin de saison, c’est l’occasion de :
- Clôturer proprement la saison écoulée : identifier ensemble ce qui a fonctionné, ce qui a été difficile, ce qui a été appris,
- Nommer les objectifs individuels pour la saison à venir : pas dans le vague, mais de manière concrète et coconstruite. On peut prendre le temps,
- Renforcer le lien : montrer au joueur qu’il n’est pas qu’un numéro dans un effectif, mais un individu dont le vécu compte.
Ce dernier point est fondamental. On ne construit pas une culture de groupe solide sans avoir pris soin des individus qui la composent. Les 2 ne s’opposent pas, ils se nourrissent.
> Pour ceux qui partent : l’offboarding, un oublié du sport pro.
En ressources humaines, il existe un concept que le monde sportif gagnerait vraiment à s’approprier : l’offboarding. L’offboarding, c’est l’ensemble des pratiques qui accompagnent le départ d’un collaborateur. Et en RH, on sait depuis longtemps que la façon dont on laisse partir quelqu’un en dit autant sur la culture d’une organisation que la façon dont on l’accueille. Pourquoi ? Parce que les gars parlent. Parce qu’un joueur qui quitte un club avec le sentiment d’avoir été respecté, reconnu, et bien accompagné dans sa transition devient, qu’il le veuille ou non, un ambassadeur de ce club. A l’inverse, un joueur qui part en ayant l’impression de ne pas avoir eu droit à une vraie conversation, à une vraie écoute, devient parfois le détracteur le plus efficace, dans les vestiaires des clubs suivants, sur les réseaux, …
Les clubs qui recrutent bien sont souvent ceux dont les anciens joueurs parlent bien. Ce n’est pas un hasard. C’est le résultat d’une culture managériale qui prend soin de l’ensemble du parcours, du premier jour au dernier.
Et l’entraîneur dans tout ça ?
Je sais que certains penseront en me lisant que l’entretien c’est aussi le risque de se faire critiquer dans son rôle. L’entretien peut-il mal tourner ? Cette peur est légitime. Elle est même saine, elle signifie que vous prenez votre rôle au sérieux. Mais je veux vous poser une question : si vous demandez à vos joueurs d’accepter le feedback, de se remettre en question, de grandir de leurs erreurs, êtes-vous prêt à faire la même chose ?
Le leadership authentique, ce n’est pas l’absence de vulnérabilité. C’est la capacité à habiter cette vulnérabilité avec courage. Brené Brown, dont les travaux sur la vulnérabilité et le leadership font référence, nous rappelle que le courage n’est pas l’absence d’inconfort ou de doute. C’est précisément la capacité à avancer malgré eux. La force d’un leader ne se mesure pas à son absence de vulnérabilité, mais à sa capacité à l’habiter.
Un entraîneur qui accepte d’entendre que certains joueurs ont mal vécu sa communication, ses choix, ou sa gestion de la pression, c’est un entraîneur qui inspire le respect.
Et concrètement, que peut-on faire de ce que les joueurs disent lors de ces entretiens ? Et bien on peut en tirer des axes de développement personnel pour la saison suivante, identifier des dynamiques collectives qu’on n’avait peut-être pas perçues, ajuster son style de management ou de communication en fonction des besoins de son groupe au service de sa performance. Ce n’est pas être jugé. C’est être éclairé !
L’entretien de fin de saison ne s’improvise pas. Il se prépare. Il se structure. Et il se mène dans un état d’esprit particulier, celui de la curiosité bienveillante, et non du bilan purement comptable. Quelques pistes pour le conduire :
Créer les conditions de sécurité psychologique. Le joueur doit savoir que ce qu’il dit ne sera pas utilisé contre lui. Que l’espace est confidentiel, entre entraineur et joueur. Qu’on est là pour l’écouter, pas pour le tester. (Cf mon article https://annelise-robin.fr/la-regle-des-3-p-appliquee-au-sport-repere-cle-pour-les-entraineurs/)
Commencer par lui laisser la parole. Poser une question ouverte toute simple : « Comment tu as vécu cette saison ? ». Et écouter vraiment. Sans interrompre. Sans défendre. Sans expliquer. Simplement accueillir ce qui a besoin d’être exprimé.
Aborder le vécu avant les performances. Les chiffres, les stats, les objectifs, ça vient après. Ce qui compte d’abord, c’est le ressenti. Le sens que le joueur a donné à sa saison.
Coconstruire la suite. Terminer l’entretien sur une projection positive : « Qu’est-ce que tu voudrais développer la saison prochaine ? De quoi as-tu besoin de moi pour progresser ? ». Et pour ceux que l’on ne garde pas, inviter le joueur à se projeter positivement dans la suite de sa carrière, dans un environnement qui lui conviendra mieux.
La façon dont un entraîneur ou un manager gère la fin de saison, et en particulier ces entretiens individuels, révèle sa conception du rôle qu’il a vis-à-vis de ses joueurs.
Les entraîneurs qui font ces entretiens avec soin sont souvent les + malins. Parce qu’ils savent que chaque fin de saison bien gérée est une avance sur la suivante.
Ces conversations-là, elles valent vraiment le coup.
📸 Le DL /Stéphane Pillaud