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Ce n’est pas parce qu’on est mal qu’on n’est pas fort.
Il y a des phrases qui ne trompent pas mon expérience et mon œil de professionnelle. « Oui ! Tout va super bien ! ». Tout va « super bien » et pourtant, je ressens de manière évidente des éléments qui expriment le contraire. Des choses qui circulent, qui ne sont pas exprimées verbalement, mais qui sont bien présentes.
C’est comme une sorte de dissonance, discrète, entre ce qui est dit et ce qui se passe à l’intérieur. Une de ces situations où je sens que le coach est au bord de quelque chose mais qui, pour l’instant, reste très soigneusement tenu à distance.
Car il arrive que l’on soit présent, engagé, volontaire, et malgré tout, en évitement.
Ce moment-là, en psycho, on ne le décrit pas comme un manque de volonté. Mais bien comme une forme de protection.
Mon actu m’invite cette semaine à parler de dissonance cognitive.
La dissonance cognitive c’est une tension intérieure qui naît lorsque nos actes, nos pensées, et l’image que nous avons de nous-mêmes cessent de s’accorder. Une faille légère, mais suffisamment inconfortable pour mobiliser tout un système de régulation interne.
Face à cette tension, notre cerveau ne cherche pas la vérité. Il cherche l’apaisement.
Parfois en apprenant. Souvent en contournant !
Alors il ajuste, il réécrit, il réinterprète. Il emballe la réalité d’un joli papier jusqu’à ce qu’elle redevienne acceptable. Non pas parce que l’on refuse de voir, mais parce que voir, à cet instant précis, coûterait trop cher.
Ce n’est pas une fuite. C’est une fidélité à l’image de soi qu’il faut, à tout prix, préserver.
Chez les entraîneurs, cette dynamique prend une profondeur particulière. Parce que leur regard ne porte pas seulement sur le jeu, mais sur eux-mêmes à travers le jeu. Parce que leur légitimité, leur place, leur identité se tissent dans ce qu’ils perçoivent comme leur capacité à guider, décider, ajuster.
Alors, lorsqu’on est bousculé, ce n’est pas seulement sa stratégie qui est interrogée. C’est une part de soi.
Très souvent les mots deviennent le « safe spot » : « On gagne, donc ça fonctionne. », « Ce n’est pas le moment. », « Tout roule. », … Une sorte de porte que l’on ferme à double tour. Ne pas permettre d’aller interroger les choses.
Ce qui peut troubler, c’est la sincérité. Car il n’y a pas de mensonge conscient. Il y a un réagencement silencieux du réel. Une manière, profondément humaine, de réduire l’écart entre ce qui est vécu et ce qui peut être toléré.
Mais à force de lisser, on finit par ne plus voir les aspérités. À force de protéger, on perd l’accès à ce qui pourrait transformer. Et c’est là que mon rôle devient compliqué. Car il ne s’agit pas de révéler. Il s’agit de rendre possible.
Un commentaire à mon article de la semaine dernière m’a beaucoup fait réfléchir en lien avec une situation que j’ai vécue il y a quelques jours. Je pense fondamentalement que le + difficile est d’accepter de travailler sur soi. Le reste c’est un champ des possibles extraordinaire. Et c’est dans ce champ des possibles que le professionnalisme de la sparring-partner que je suis prend toute sa dimension. A moi d’accompagner de manière pertinente pour amener les prises de conscience et permettre la transformation.
Mais je ne peux rien si l’entraineur n’ouvre pas la porte !
En prépa mentale, je sais que certains confrontent, nomment, insistent. Mais la confrontation, lorsqu’elle touche à l’identité, rigidifie + qu’elle n’ouvre. L’expérience m’a appris à prendre le temps. Et la patience ahah (pas vraiment mon profil ça à la base :P).
Ce que la recherche nous apprend, c’est que l’être humain n’accueille la remise en question que lorsqu’il ne se sent pas menacé dans sa valeur fondamentale. Lorsqu’il peut, d’une certaine manière, rester solide tout en acceptant d’être bousculé.
Mon fil conducteur : ce n’est pas parce qu’on est mal qu’on n’est pas fort. Entre la vulnérabilité et la compétence. Entre le doute et la solidité.
Le travail que les entraîneurs font avec moi ne consiste plus à corriger une faille, mais à apprivoiser une complexité. Il ne s’agit pas de faire tomber des défenses, mais de leur permettre de s’assouplir, jusqu’à ce qu’elles n’aient plus besoin de se crisper pour protéger.
Alors la « magie » est possible. Le coach quitte le terrain des opinions, là où on campe sur ses positions, pour rejoindre celui de l’expérience. Ce qui est vu. Ce qui est entendu. Ce qui se répète. Non pas pour prouver. Mais pour faire apparaître.
Car c’est dans la rencontre directe avec l’écart entre ce que l’on voulait faire et ce que l’on produit réellement que quelque chose devient possible. Une tension différente apparait. Une dissonance qui n’appelle plus la fuite, mais la curiosité. En Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) on parle de « coping adaptatif ».
Ces derniers jours je me suis énervée car j’ai entendu pour la nième fois dans la bouche d’un coach le fameux : « Super ! Tout va très bien ! », alors que tout autour indiquait le contraire, le body langage, la tension dans l’air, la voix, le regard.
Ce n’est pas après lui que je me suis énervée, mais bien après moi. Comment l’amener à accepter de regarder dans les coins mal éclairés ? Mais la professionnelle que je suis a besoin de prendre soin du « temps » de l’autre. M’énerver ne sert à rien. Car accompagner, dans ces moments-là, devient un véritable art du rythme. Une attention au temps interne de l’autre. Une capacité à rester au bord, sans pousser. Comme si l’on veillait une transformation encore fragile. Cela me demande beaucoup de travail personnel, d’énergie à ne pas brusquer les choses alors que la tempête gronde.
Mais l’expérience me permet d’affirmer que, presque imperceptiblement, quelque chose finit par se déclencher. Pas une prise de conscience spectaculaire. Pas un basculement visible. Plutôt une inflexion. Un silence un peu + long. Une phrase qui hésite. Un regard qui change. Et c’est dans cet espace minuscule, mais vivant, que le travail commence. Réellement.
Alors oui, ces moments existent.
Ces moments où l’on dit « tout va bien », non pas pour tromper, mais pour tenir. Tenir son rôle, son image, son équilibre.
Ils ne disent pas un manque d’exigence. Ils disent, au contraire, à quel point ce que vous faites compte.
Car + on est engagé, + il est difficile de regarder ce qui tremble. + on tient à bien faire, + certaines zones deviennent sensibles à explorer. Cette dissonance n’est pas une faiblesse. Elle est une conséquence presque inévitable de son implication. Elle est normale. Mais elle peut ne pas être adaptée à la situation.
Dans ces moments où quelque chose résiste, il y a simplement une porte. Pas besoin de tout remettre en question. Juste accepter de regarder un peu autrement. Non pas pour devenir un autre entraîneur. Mais pour voir + clairement ce qui est déjà là. C’est un mouvement simple. Mais décisif.
Et c’est souvent suffisant pour que quelque chose commence à évoluer, durablement.