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La flexibilité psychologique du coach : le vrai « muscle » à entraîner pour performer en compétition
Mon actu cette semaine, c’est une étude australienne publiée en mars 2026 sur les entraîneurs internationaux. Et quelque chose n’a pas échappé à mon attention : les chercheurs de l’étude notent qu’au-delà de la maîtrise des émotions, les entraîneurs semblent avoir du mal à expliquer comment ils régulent leurs émotions sous pression.
Autrement dit : ils le font. Mais ils ne savent pas toujours « comment » ils le font.
Et ça, ça interpelle. Parce que ce que l’on ne peut pas nommer, on ne peut pas vraiment l’entraîner. On ne peut pas le transmettre. Et on ne peut pas y revenir quand ça déraille.
L’étude a interrogé dix entraîneurs australiens de très haut niveau (Jeux olympiques, Jeux paralympiques, Championnats du monde) dans 8 disciplines différentes, avec en moyenne 22 ans d’expérience. Des entraîneurs « aguerris » donc, rodés à la pression des grands événements. Et pourtant. Quand on leur demande de décrire avec précision comment ils gèrent leurs émotions en compétition, les mots manquent parfois.
Ce n’est pas un manque de compétences. C’est une question de conscience. Et c’est précisément là que se joue une partie importante du développement du coach.
La « flexibilité psychologique », ce n’est pas juste « garder son calme ». Ce n’est pas non plus « être zen ». La flexibilité psychologique, c’est la capacité à s’adapter en temps réel aux exigences de la situation : changer de stratégie si elle ne fonctionne pas, maintenir son attention sur ce qui compte vraiment, gérer l’inconfort émotionnel sans qu’il prenne le dessus sur les décisions. + simplement, la flexibilité psychologique, c’est la capacité à rester orienté vers son objectif, même quand tout autour crée du « bruit ».
Et dans le sport collectif de haut niveau, le « bruit », il ne manque pas. Les décisions arbitrales contestables. Les joueurs qui ne répondent pas comme prévu. Le score qui bascule. Les partisans dans les tribunes. Le président en loge. Et la nécessité, malgré tout ça, de prendre la bonne décision, au bon moment, avec le bon message.
C’est précisément ce que les chercheurs de cette étude ont voulu comprendre : comment les entraîneurs gèrent-ils tout ça ? Quels comportements concrets adoptent-ils ?
L’étude identifie 3 dimensions de la flexibilité psychologique en compétition. Je les trouve particulièrement parlantes parce qu’elles décrivent des situations que tous les entraîneurs d’équipe connaissent :
- La flexibilité émotionnelle : les entraîneurs interrogés décrivent 2 choses distinctes. Gérer ce qu’ils ressentent à l’intérieur (la frustration, le doute, l’excitation), et maîtriser ce qu’ils montrent à l’extérieur. Le corps du coach parle. Son visage parle. Sa posture parle. Et les joueurs lisent tout ça, encore + dans les moments de tension (Cf mon article https://annelise-robin.fr/interoception-emotions-et-performance-collective-quand-le-corps-coache-aussi/). Mais certains entraîneurs vont + loin : ils utilisent intentionnellement leurs émotions comme un outil. Élever la voix pour signifier à l’équipe qu’il faut hausser l’intensité, même si intérieurement ils ne ressentent pas de colère. C’est ce que les chercheurs appellent la maîtrise des émotions = pas les subir, pas les étouffer, mais les utiliser intentionnellement.
- La flexibilité attentionnelle : un entraîneur de cyclisme décrit très bien comment il module son attention en compétition. Tantôt focalisé sur un problème précis (une crevaison, un incident), tantôt en vue d’ensemble pour garder la lecture du jeu. Aller et revenir. Zoomer, dézoomer. Sans se perdre dans les détails, sans non plus passer à côté d’un signal important.
- La flexibilité comportementale : rester adaptable à l’intérieur du plan. Communiquer de façon concise. Ne pas surcharger les joueurs d’informations au moment où ils en ont le moins la capacité. Un entraîneur de water-polo le formule très clairement : il s’efforce de donner des informations utiles sans saturer l’équipe. Simplifier. Aller à l’essentiel. Choisir le bon moment, le bon ton, le bon mot.
Ce qui est intéressant à souligner dans cette étude, c’est l’importance de la préparation. Et pas seulement la préparation tactique. Les entraîneurs interrogés passent du temps à construire ce qu’on pourrait appeler un répertoire comportemental : des scénarios anticipés, des plans B et C, des simulations qui exposent volontairement aux facteurs de stress pour ne pas les découvrir le jour J. Un entraîneur de cyclisme parle de scénarii réalistes intégrés à l’entraînement : retards, incidents, imprévus. Pour que le stress ne soit plus une surprise, mais une variable connue.
Cependant, l’étude montre également que ces entraîneurs, s’ils font des choses très élaborées sous pression, ont de la difficulté à les nommer clairement. Ils font des choses mais ne savent pas vraiment quoi. Et pourtant, nommer, c’est le début de tout. Nommer ce qui fonctionne, c’est pouvoir le comprendre. Le retrouver. Le consolider. Et surtout, le mobiliser consciemment quand la pression monte, plutôt que d’espérer que cela vienne tout seul.
Ce que cette étude pointe finalement, c’est que la performance du coach ne s’improvise pas. Elle se construit, elle s’interroge, elle se travaille. La flexibilité psychologique aussi. Ce n’est pas un trait de caractère que l’on a ou que l’on n’a pas. C’est une compétence. Et comme toute compétence, elle se développe, à condition d’avoir un espace pour le faire. Un espace où l’on peut décortiquer ce qui s’est passé sur le bord du terrain, nommer ce que l’on a ressenti, comprendre pourquoi on a réagi comme ça plutôt qu’autrement. C’est exactement ce que je propose dans mon travail de supervision : un endroit pour regarder sa propre pratique avec d’autres angles de vue, pas pour se juger, mais pour se développer. Les entraîneurs qui performent dans la durée ne sont pas ceux qui font semblant de tout maîtriser. Ce sont ceux qui ont le courage de se demander comment ils fonctionnent, et qui prennent le temps d’y répondre avec honnêteté.
📄Source : Fryer, Mallett & Kashdan (2026). Coaching under pressure in Australian high-performance sport. International Journal of Sports Science & Coaching.