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Le fameux : « Coupez complètement pendant les vacances ! ». Merci pour le conseil …
Mon actu cette semaine, ce sont les posts qui commencent à poindre en cette période de l’année. Vous savez, ceux qui vous expliquent avec beaucoup de bienveillance … qu’il faut couper pendant ses congés, qu’il faut déconnecter totalement, que votre cerveau en a besoin. Et puis surtout « il faut » hein 😉
Oui. Merci. On sait.
Le problème, c’est que quand on est entraîneur ou manager sportif, c’est beaucoup + compliqué que ça. Et les injonctions à un « vrai repos » peuvent au contraire générer + de culpabilité que de récupération !
Alors cette semaine, j’ai envie d’aller un peu + loin que le conseil de bon sens. Que sait-on vraiment sur le repos, la récupération, et ce qui se passe dans la tête d’une personne qui a un travail « passion » ? Comment profiter de la pause entre 2 saisons pour récupérer même si je pense toujours au travail ?
Quand on a une relation forte, émotionnellement chargée à son métier, et c’est presque par définition le cas quand on est coach ou manager, notre cerveau ne fonctionne pas comme celui d’une personne dont l’activité lui permet de laisser ses dossiers sur son bureau le soir et rentrer chez lui sans y penser jusqu’au lendemain. Ce n’est pas un jugement. C’est de la science.
La recherche sur la passion harmonieuse vs obsessive (Robert Vallerand, UQAM, j’en ai déjà parlé dans un article) montre que + on est investi dans son activité de façon intense et identitaire, + son cerveau va naturellement continuer à la traiter, même en dehors du contexte professionnel. Le réseau du mode par défaut (ce réseau cérébral qui s’active quand vous ne faites « rien ») va spontanément revenir sur les sujets qui nous importent le +. C’est simplement le signe que l’on est profondément connecté à ce que l’on fait.
Le problème, ce n’est pas de penser à son travail pendant les vacances. Le problème, c’est quand cette pensée prend la forme de rumination, ce mécanisme qui consiste à repasser en boucle des situations passées avec une émotion négative, ou à anticiper avec anxiété ce qui arrive. Et là les recherches sont claires : la rumination empêche la récupération psychologique et maintient le système nerveux en état d’alerte. Elle est épuisante. Mais penser à ses joueurs avec positivité ou enthousiasme depuis son transat ? Ce n’est pas la même chose.
La science de la récupération psychologique au travail (Sabine Sonnentag est l’une des chercheuses de référence sur ce sujet) distingue 4 dimensions essentielles qui permettent au cerveau de vraiment se régénérer :
- Le détachement psychologique: pouvoir mettre de la distance émotionnelle avec les sollicitations du travail. Pas nécessairement ne jamais y penser, mais ne pas se sentir « encore au boulot » quand on est censé être ailleurs.
- La relaxation : elle active le système parasympathique qui prend le dessus. Et ça, ça ne demande pas d’avoir la tête vide.
- La maîtrise: s’engager dans des activités nouvelles ou stimulantes qui mobilisent d’autres ressources cognitives.
- Le contrôle: avoir le sentiment de choisir librement comment occuper son temps. Ce qui est intéressant, c’est que des études montrent que le seul fait de choisir soi-même ses activités de repos, même si elles ressemblent à « ne rien faire » augmente significativement leur effet récupérateur.
Ce que ça dit, en clair : vous n’avez pas besoin de « couper » au sens absolu du terme pour récupérer vraiment. Vous avez besoin de remplir ces 4 dimensions. Et c’est tout à fait possible même en ayant quelques pensées professionnelles dans la tête.
La culpabilité de ne pas déconnecter c’est peut-être le point le + important. Et finalement celui qu’on évoque le moins. Quand on lit un post qui nous dit qu’il faut « vraiment couper » et qu’on n’y arrive pas, il se passe souvent quelque chose de paradoxal : on passe son temps à se reprocher de penser au boulot, ce qui maintient un état de vigilance et de tension … qui au final nous empêche vraiment de récupérer.
C’est ce que les chercheurs appellent la méta-inquiétude : c’est s’inquiéter de s’inquiéter. Et du point de vue du système nerveux autonome, ça coûte exactement autant que le problème initial. Autrement dit, la culpabilité de ne pas déconnecter parfaitement est parfois + coûteuse cognitivement que de simplement laisser votre cerveau vagabonder là où il a envie d’aller !!
Donc, 1ère chose à faire : arrêter de se juger.
Quand on a dit ça, on peut avancer quelques pistes simples. Pas des trucs « bien-être » bateau. Mais des leviers qui ont du sens au regard de ce que les neurosciences nous disent sur la récupération des profils à haute intensité.
- Distinguer la pensée du travail et le travail lui-même. On a parfaitement le droit de penser à son équipe sous la douche ou en conduisant. Ce qui change, c’est quand on ouvre ses mails pros, ou que l’on réponds aux sollicitations de son club, on ne se met pas en position de gérer. La frontière n’est pas dans la tête : elle est dans l’action.
- Préserver au moins une plage quotidienne de vrai détachement. Même courte. Une heure sans téléphone, sans contenu sportif, sans aucune information de son environnement professionnel. Le cerveau a besoin de ça pour passer en mode régénération profonde.
- Soigner le sommeil comme une priorité non négociable. On en a déjà parlé ici, c’est pendant le sommeil que le cerveau consolide, régule émotionnellement et recharge les ressources cognitives. Et pour les profils à forte charge mentale, la qualité du sommeil est souvent le premier indicateur à dégrader. Pas d’écrans, pas d’analyse vidéo à 23h, pas de veille passive des réseaux. Le cerveau a besoin qu’on lui signale que c’est fini pour la journée.
- Faire quelque chose avec son corps. Une baignade, une rando, du vélo au calme. L’activité physique modérée est l’un des régulateurs les + efficaces du cortisol et de l’activité de l’amygdale. Et elle favorise la neurogenèse dans l’hippocampe, qui est une région du cerveau impliquée dans la régulation émotionnelle. En d’autres termes, bouger pendant les vacances, c’est littéralement régénérer son cerveau.
- S’autoriser à s’ennuyer un peu. C’est contre-intuitif pour des profils impliqués. Mais l’ennui, au sens scientifique du « mind wandering » (j’en ai également déjà parlé ici), est l’un des états les + créatifs et régénérateurs pour le cerveau. C’est dans cet espace que les idées émergent, que les connexions inattendues se font, que les problèmes complexes trouvent parfois un début de réponse. Ne pas remplir absolument chaque moment.
Couper complètement pour un entraîneur ou un manager passionné, c’est souvent ni possible ni même souhaitable. Le cerveau est câblé pour se préoccuper de ce qui compte pour nous. Et quand notre métier compte profondément, forcément, cela impacte.
Ce qui compte, ce n’est pas l’interruption totale. C’est la qualité de ce que l’on fait pendant cet espace de temps. Bien dormir. Bouger. Laisser sa tête partir ailleurs de temps en temps. Arrêter de tout gérer. Et surtout, arrêter de se juger parce qu’on pense encore à la saison prochaine en regardant la mer. Ce n’est pas un manque de discipline. C’est le signe qu’on est exactement là où on doit être.