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par | 1 février 2026

Pour le coach aussi, performer passe parfois par la déconstruction

On envisage parfois la performance comme une progression linéaire : on répète, on affine, on répète encore. Pourtant, une réalité + profonde traverse la littérature scientifique et l’expérience de nombreux entraîneurs : pour atteindre de nouveaux niveaux de performance, il faut parfois désapprendre, remettre en question, déconstruire, et reconstruire. Ce mouvement est un levier essentiel pour progresser et performer. 

La psycho donne des clés importantes pour comprendre ce processus. Dans l’apprentissage cognitif, des concepts comme l’apprentissage en double boucle décrivent précisément cette dynamique : au lieu de corriger simplement des erreurs dans un cadre établi (« boucle simple »), on remet en question les objectifs, les règles ou les représentations mêmes qui sous-tendent l’action, ce qui conduit à une transformation profonde des savoirs et des stratégies. Cette remise en question est structurelle : elle brise les schémas habituels pour permettre l’émergence de solutions + adaptées et robustes.

 

Pourquoi donc revenir sur quelque chose qui fonctionne ?

On connait tous l’adage « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. »

Pour beaucoup de coachs, déconstruire peut sembler en effet contre-intuitif. Pourtant, c’est précisément lorsqu’une équipe ou un joueur stagne que l’on reconnaît le besoin d’une remise à plat des modèles.

Pour le joueur, on le sait bien aujourd’hui, déconstruire peut signifier accepter de lâcher un geste automatisé, une routine rassurante ou une manière de se représenter la réussite, parfois profondément ancrée. Sur le plan psychologique, cela peut générer une phase d’inconfort, voire de fragilité temporaire : le joueur n’est plus tout à fait dans ce qu’il maîtrise, sans être encore dans ce qu’il va devenir. Pourtant, c’est précisément dans cet espace intermédiaire que se créent les conditions du développement pour une performance + stable à long terme. La recherche montre que ces phases de déséquilibre contrôlé favorisent l’adaptation, la flexibilité mentale et la capacité à performer sous contrainte.

Il en va de même pour le coach dans sa pratique !

Déconstruire ne signifie pas tout jeter à la poubelle, mais désapprendre ce qui limite pour faire émerger ce qui libère. C’est une démarche active, ancrée dans l’expérience, la réflexion, le dialogue et, parfois, la confrontation à des échecs qui portent en eux des enseignements précieux.

Les entraîneurs d’équipe de haut niveau savent bien combien le développement de la performance passe par des phases d’analyse rigoureuse, de feedback précis et de réajustement stratégique. Dans la pratique du coaching collectif, déconstruire peut signifier repenser la structure d’entraînement, revisiter la communication au sein de l’équipe ou remettre en question des automatismes établis sur le terrain.

Des recherches qualitatives menées auprès de coachs ont montré que ceux qui adoptent des pratiques créatives, remettant souvent en question les routines et intégrant de nouvelles perspectives, voient leur capacité à générer des solutions innovantes s’accroître. Cette créativité n’est pas un trait inné, mais un processus qui se travaille : il implique de sortir de sa zone de confort, d’interroger les certitudes, et d’exposer l’équipe à des situations qui exigent une adaptation réelle.

Les transformations, souvent initiées par une période de déconsolidation des habitudes, ouvrent la voie à une reconstruction + solide et + performante.

Si l’entraineur est celui qui accompagne les sportifs dans leurs phases de transformation, il est donc lui-même pleinement engagé dans ce processus de déconstruction-reconstruction. Remettre en question ses choix, sa posture relationnelle, ses modes de décision, ou sa manière de gérer la performance collective n’est jamais neutre émotionnellement. Cela touche à l’identité professionnelle du coach, à ses croyances, parfois à ses réussites passées.

Pour implémenter un tel processus, le coach doit cultiver une posture particulière. Ce n’est pas seulement une question d’expertise technique, mais d’humilité cognitive : la capacité à reconnaître que ce que l’on sait n’est pas immuable et que des idées nouvelles peuvent émerger du doute lui-même. Cette posture repose sur 2 piliers :

  • L’écoute active : être attentif aux signaux faibles, aux résistances, et aux zones de tension dans l’équipe. Garder en tête que ces zones indiquent souvent des points de développement plutôt que des obstacles.
  • La tolérance à l’incertitude : accepter qu’une phase de déconventionnement puisse temporairement désorganiser avant de mieux réorganiser.

Cette dualité entre stabilité et changement est au cœur des modèles contemporains d’entraînement et de performance, notamment dans les approches fondées sur la dynamique écologique du sport où l’adaptation constante aux contraintes de l’environnement est valorisée.

C’est là que la supervision prend tout son sens. En offrant un espace sécurisé, réflexif et structuré, la supervision permet au coach de prendre du recul sur sa pratique, d’explorer ce qui se joue pour lui dans l’accompagnement des joueurs et d’identifier les zones où une déconstruction est nécessaire. Elle soutient le coach dans l’analyse de situations complexes, l’accueil de ses doutes, et la mise en cohérence entre ses intentions, ses valeurs, et ses actions sur le terrain.

 

Déconstruire n’est pas l’antithèse de la performance, mais bien au contraire l’un de ses leviers les + puissants. C’est une démarche consciente et structurée qui permet au coach et à son équipe de se libérer des routines, d’examiner ce qui ne fonctionne plus, et de reconstruire sur des bases + solides, + adaptables, et + créatives. Dans le paysage sportif moderne, où les équipes et les individus sont constamment challengés par de nouvelles exigences, savoir quand et comment entamer ce processus est une compétence essentielle du coach d’aujourd’hui.

Une équipe performante est souvent celle qui a su rompre avec le statu quo, apprendre de nouvelles façons d’être et d’agir, puis intégrer ces apprentissages dans une pratique renouvelée. Et ce mouvement, déconstruire pour reconstruire, devient alors bien + qu’une étape : il devient le cœur même du chemin vers la performance.