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par | 3 mai 2026

« Voilà, c’est fini. Dépression de 4 jours maintenant » : le coup de blues de fin de saison

« Voilà, c’est fini. Dépression de 4 jours maintenant 😂😂 ». Ce message, je l’ai reçu d’un manager quelques heures après le dernier match de sa saison. 2 emojis pour exprimer qu’il vit chaque fin de saison et qui ressemble de l’intérieur à un vrai vide. Vous reconnaissez cette sensation ?

La saison se termine. Et au lieu du soulagement attendu, quelque chose d’inattendu s’installe : une lourdeur, un manque, parfois une tristesse diffuse qui dure plusieurs jours.

Ce « coup de blues » de fin de saison est l’un des sujets dont on parle peu dans le sport. On célèbre les victoires, on analyse les défaites, on gère les départs, les recrutements, mais ce que ressentent les entraîneurs et managers après le dernier coup de sifflet, c’est souvent silence radio. Alors aujourd’hui, focus sur ce qui se passe dans le cerveau après la saison.

 

Pendant toute une saison, l’organisme de l’entraineur fonctionne en régime de haute intensité émotionnelle. Pas seulement le jour du match, avant, pendant, après, la semaine entière, les nuits courtes, les analyses infinies. Son système nerveux est en alerte quasi-permanente.

Ce que l’on sait aujourd’hui grâce aux neurosciences, c’est que cet état de mobilisation intense s’accompagne d’une production soutenue de plusieurs hormones clés :

  • Le cortisol, l’hormone du stress, qui maintient en état d’anticipation et de vigilance,
  • L’adrénaline et la noradrénaline, qui affûtent la réactivité et la concentration,
  • La dopamine, qui alimente la motivation, l’envie de « gagner » au sens large.

Pendant des mois, ce cocktail chimique est le carburant des entraineurs, des managers. Le cerveau s’y est habitué. Il a recalibré ses seuils de fonctionnement normal à la hausse.

Et puis, la saison s’arrête.

Du jour au lendemain, les stimuli disparaissent. Les enjeux s’évaporent. Et le cerveau, qui avait appris à fonctionner avec ces niveaux élevés, doit maintenant s’adapter à un vide. C’est ce « sevrage » physiologique qui produit le blues.

Le paradoxe des gagnants : on redescend de + haut

Voici quelque chose que peu de gens anticipent : le coup de blues peut être encore + intense quand la saison s’est bien terminée. En cause : la dopamine !

Lors d’une victoire (une finale, un titre, une montée) le cerveau libère un pic massif de dopamine. C’est l’euphorie, l’explosion de joie, l’impression que tout est possible. Mais les recherches en neurosciences montrent que ces pics sont suivis d’une période de sous-production relative : le cerveau, épuisé par la fête, réduit temporairement sa sensibilité aux récompenses. En clair : + vous êtes monté haut, + la redescente est vertigineuse !

Ce phénomène, bien connu en psychologie positive, est parfois appelé le « post-achievement blues » ou « post-event depression ». Il touche des athlètes de haut niveau après les Jeux olympiques, des entrepreneurs après une levée de fonds, des artistes après une première sur une grosse scène, … Et bien sûr des entraîneurs après un titre.

Ce n’est pas de l’ingratitude. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la biologie.

Il y a une autre dimension, + psychologique celle-là, que les recherches récentes mettent en lumière : la question de l’identité.

Pour beaucoup d’entraîneurs et de managers, le rôle professionnel occupe une place centrale dans la construction identitaire. « Je suis coach » n’est pas une description de poste, c’est vraiment une façon d’être au monde. Les décisions à prendre, les joueurs à gérer, le groupe à fédérer : tout cela donne un sens, une structure, un sentiment d’utilité immédiate. Quand la saison s’arrête, cette structure disparaît temporairement. Le téléphone ne sonne plus pareil. Les urgences n’existent plus. Et avec elles, une partie de ce « qui je suis » semble se mettre en veille.

Les travaux sur la transition identitaire montrent que ces périodes de flottement, même brèves, peuvent générer une anxiété existentielle réelle, parfois vécue comme une forme de deuil.

Dans le message que ce manager m’a envoyé, ce que j’entends au-delà des emojis qui dédramatisent : un professionnel qui sait que ce qu’il ressent n’est pas vraiment dangereux, mais qui ne sait pas très bien quoi en faire. Le rire ici, ce n’est pas de la légèreté, c’est une façon de tenir la chose à distance, de la rendre socialement acceptable. On apprend dans le sport à encaisser, à sourire, à « passer à autre chose ». Pas à nommer ce qu’on ressent.

Le problème avec la banalisation, c’est qu’elle coupe court à la réflexion. « C’est normal, ça passe ». Oui, souvent ça passe. Mais parfois non. Parfois ça s’accumule saison après saison. Parfois ça déborde sur la vie familiale, sur les relations, sur la santé. Et surtout : même quand « ça passe » vraiment, on passe à côté d’une occasion d’apprendre quelque chose sur soi.

Quelques pistes dans cette période :

  • Nommez ce que vous ressentez : pas pour vous y complaire, mais parce que mettre des mots sur une émotion c’est déjà la gérer, elle se libère, c’est ce que montrent les études sur la régulation émotionnelle. « Je me sens vide » est + utile que le traditionnel « ça va ».
  • Anticipez la transition : prévoyez consciemment ce qui va occuper l’espace laissé libre par la saison : des projets, des activités en famille, du temps avec ses amis. Non pas pour fuir le vide, mais pour lui donner une durée.
  • Bougez votre corps : l’activité physique est l’un des modulateurs les + efficaces des niveaux de dopamine et de sérotonine. Pas besoin d’être sportif de haut niveau, une marche quotidienne suffit à signaler à votre cerveau que le monde continue.
  • Parlez-en : à un proche de confiance, ou à un professionnel. Sortir ces états de l’ombre les rend moins lourds à porter.

Et si ça dure ?

Le blues de fin de saison dure en général quelques jours à deux semaines. Si la lourdeur persiste, s’intensifie, ou s’accompagne d’une perte d’intérêt généralisée, de troubles du sommeil, d’irritabilité importante ou d’un sentiment de vide persistant : c’est le signal d’aller chercher de l’aide professionnelle. Ce n’est pas un signe d’échec. C’est un acte de lucidité.

 

La fin de saison, c’est une petite mort symbolique. Celle d’un cycle, d’un groupe, d’une version de vous-même entièrement tournée vers un objectif. Ce que vous ressentez, ce vide, ce manque, cette étrange tristesse, n’est pas le signe que quelque chose ne va pas chez vous. C’est le signe que vous vous êtes pleinement engagé.

Votre cerveau, vos hormones, votre identité : tout cela a donné de lui-même. Et maintenant, il a besoin d’un temps pour se réajuster.

Demandez-vous comment ça va, vraiment.

Et si c’est tough, ne restez pas seul, cette traversée mérite d’être accompagnée.