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Coacher une équipe sportive : avant tout une histoire humaine
Dans le sport de haut niveau comme dans le sport amateur, le coaching d’une équipe est de + en + présenté à travers ses outils : systèmes de jeu, statistiques, vidéo, data, préparation physique, plans de match. Pourtant, derrière ces dispositifs toujours + sophistiqués, une réalité demeure inchangée : le coaching est avant tout une relation humaine.
Une relation entre des personnes qui jouent, qui entraînent, qui doutent, qui espèrent, qui gagnent et qui perdent ensemble.
Une relation où la performance ne se construit pas uniquement sur des compétences techniques ou tactiques, mais sur la qualité du lien entre l’entraîneur et ses joueurs.
C’est précisément ce que rappelle Carlo Ancelotti dans une interview récente, lorsqu’il affirme que les entraîneurs sont devenus des « réalisateurs de clips », submergés par l’analyse vidéo et les données. Derrière cette formule, je m’interroge : à force de techniciser le métier, ne risque-t-on pas d’oublier l’essentiel ?
Il serait idiot de nier l’apport des technologies dans l’évolution du métier d’entraîneur. La vidéo permet de rendre visibles des détails invisibles en direct, les statistiques objectivent certaines dynamiques de jeu, les capteurs aident à prévenir les blessures… Ces outils sont incontournables.
Mais Ancelotti rappelle dans son interview que ces outils ne sont que des supports. Ils ne font pas le coaching. Ils ne remplacent ni la relation, ni la confiance, ni la capacité à parler à un joueur au bon moment, de la bonne manière.
« La difficulté, c’est de parler aux joueurs », explique-t-il. Car parler à un joueur, ce n’est pas simplement lui transmettre une consigne. C’est entrer en relation avec une personne.
Un point central du discours d’Ancelotti :
👉 Entraîneur et joueur ne sont pas des fonctions, mais des personnes qui occupent des fonctions.
Ancelotti explique que lorsqu’on demande à un joueur qui il est, il répondra spontanément qu’il est footballeur. Pourtant, il est avant tout une personne, avec son histoire, ses émotions, ses fragilités, ses ressources. De la même manière, l’entraîneur n’est pas qu’un stratège ou un manager : il est une personne engagée dans une relation quotidienne avec d’autres personnes.
Cette reconnaissance mutuelle est fondamentale. Elle conditionne la qualité du lien, la confiance, l’engagement et, in fine, la performance collective.
Les travaux de la chercheuse Sophia Jowett, référence internationale sur la relation entraîneur–athlète, viennent fortement corroborer l’intuition d’Ancelotti.
Jowett montre que la qualité de la relation entraîneur–joueur repose sur quatre dimensions principales, souvent appelées le modèle des 3+1C :
- Closeness (proximité) : sentiment de confiance, de respect et d’estime mutuelle
- Commitment (engagement) : volonté partagée de maintenir la relation dans le temps
- Complementarity (complémentarité) : interactions coopératives et ajustées entre les rôles
- Co-orientation (co-orientation) : compréhension partagée des objectifs, attentes et valeurs.
Ces dimensions ne relèvent pas de la technique pure. Elles relèvent du relationnel, du vécu, de la communication, de la posture de l’entraîneur.
Un entraîneur peut disposer du meilleur plan de jeu du monde : si la relation est fragilisée, le message passe mal, l’adhésion diminue, la performance est impactée.
Dans cette relation entraîneur–joueur, la notion d’alliance de travail est particulièrement éclairante. Je l’emprunte au champ de la psychologie et du coaching où elle désigne la capacité de deux parties à travailler ensemble autour de trois piliers :
- Des objectifs partagés
- Des tâches clairement comprises et acceptées
- Un lien relationnel suffisamment solide.
Dans le sport, cette alliance est implicite mais omniprésente.
Lorsque l’alliance est forte, le joueur accepte la contrainte, la critique, l’exigence.
Lorsque l’alliance se fragilise, la même consigne peut être vécue comme injuste, agressive ou déconnectée.
Ancelotti insiste justement sur cette dimension : il ne s’agit pas seulement de dire quoi faire, mais de créer les conditions relationnelles pour que le joueur ait envie de le faire.
L’entraîneur n’agit jamais seul. Il évolue au sein d’un système complexe, je l’ai déjà évoqué dans mes articles : équipe, staff, direction, club, médias. Mais dans ce système, il reste le centre névralgique des relations humaines.
Sa posture, sa manière d’entrer en relation, de gérer les tensions, de reconnaître la personne derrière le joueur, influencent profondément la dynamique collective. En ce sens, l’outil principal de l’entraîneur n’est ni la tablette, ni la vidéo, ni les statistiques : c’est lui-même.
Les propos d’Ancelotti rappellent une évidence dont on ne parle pas assez : le coaching d’une équipe sportive, même à l’ère de la data, reste un métier fondamentalement humain. Un métier de relations, d’ajustements, de présence, de dialogue.
Et lorsque l’outil principal de travail est la personne elle-même, alors il devient essentiel de pouvoir prendre soin de cet outil.
Et c’est tout l’enjeu de mon métier de superviseure (sparring-partner) : offrir aux entraineurs un espace pour penser leur pratique, interroger leurs relations, prendre du recul sur leurs positionnements, et continuer à évoluer sans s’épuiser.
Dans un monde sportif toujours plus exigeant, peut-être est-il temps de reconnaître que prendre soin des entraîneurs, c’est aussi prendre soin des équipes qu’ils accompagnent. Et de soutenir leur performance.
Pour lire l’interview : https://www.eurosport.fr/football/ancelotti-nous-ne-sommes-plus-entraineurs-mais-realisateurs-de-clips_sto23245399/story.shtml