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La règle des 3 P appliquée au sport : repère clé pour les entraîneurs
Dans le monde du développement personnel, certaines règles simples ont une portée étonnamment profonde. La règle des 3 P – Permission, Protection, Puissance, pour celui qui accompagne, en fait partie.
Utilisée pour poser un cadre relationnel et favoriser le développement des personnes et des collectifs, elle trouve une résonance toute particulière dans un autre univers exigeant : celui du sport et de l’entraînement d’équipe.
Être entraîneur, ce n’est pas seulement transmettre des compétences techniques ou élaborer des stratégies. C’est aussi créer les conditions psychologiques, relationnelles et émotionnelles qui permettent aux sportifs de progresser, de s’engager et de performer ensemble. Et ici, la règle des 3 P constitue un repère précieux pour réfléchir à sa posture et à son impact au quotidien.
La règle des 3 P est un cadre de sécurité et de développement. Elle repose sur l’idée que pour qu’un individu ou un collectif donne le meilleur de lui-même, trois conditions doivent être réunies.
- La Permission d’abord.
Donner la permission, c’est autoriser. Autoriser à essayer, à se tromper, à poser des questions, à exprimer un doute ou une émotion. Dans un cadre sans permission, les personnes se censurent, jouent un rôle, cherchent à éviter l’erreur plutôt qu’à apprendre. La permission ouvre l’espace de l’exploration et de la progression. Elle ne signifie pas l’absence d’exigence, mais la possibilité d’apprendre sans crainte d’être jugé ou disqualifié.
- La Protection ensuite.
Elle concerne la sécurité, au sens large. Protection émotionnelle, relationnelle, parfois symbolique. C’est le fait de savoir que le cadre est clair, que les règles sont posées et que l’on ne sera ni exposé inutilement ni laissé seul face à une difficulté. La protection permet d’oser, parce que l’on sait que quelqu’un veille au cadre, aux limites et au respect de chacun.
- Et puis la Puissance.
Elle est la conséquence naturelle des deux premières. Quand une personne se sent autorisée et protégée, elle peut accéder à sa puissance : sa capacité d’action, d’engagement, de responsabilité et de performance. La puissance n’est pas la domination, mais l’énergie disponible pour agir de manière juste et efficace.
Ces 3 dimensions sont interdépendantes. Sans permission, la protection devient rigide. Sans protection, la permission devient risquée. Sans les deux premières, la puissance se transforme souvent en pression ou en sur-adaptation.
Et si cette règle valait également pour les entraîneurs ?
Le parallèle avec le métier d’entraîneur est frappant.
Récemment, j’ai travaillé sur un atelier avec un collectif dont le sujet était : « Quels sont les grands éléments du succès de notre équipe ? ». Et ça m’a sauté aux yeux. Les joueurs exprimaient un besoin centré sur les 3 P !
Une équipe sportive est un collectif vivant, traversé par des enjeux de performance, de reconnaissance, de confiance et d’émotions. Appliquer consciemment la règle des 3 P peut profondément transformer la dynamique d’équipe.
La permission, dans un contexte sportif, commence par le droit à l’apprentissage. Un joueur qui n’a pas le droit de se tromper ne progresse pas durablement. Il joue « un petit peu » (ma private joke avec un manager qui se reconnaitra 😉), il sécurise ses choix et limite son potentiel. Donner la permission, c’est par exemple valoriser l’intention plutôt que le seul résultat, reconnaître l’effort et le progrès, encourager la prise d’initiative. C’est aussi autoriser la parole : permettre à un joueur d’exprimer une incompréhension, une fatigue ou une difficulté sans crainte.
La protection relève beaucoup de la posture de l’entraîneur. Protéger, c’est poser un cadre clair et cohérent : des règles connues, appliquées de manière équitable, des attentes explicites. C’est également protéger l’équipe des tensions inutiles, des conflits non régulés, des messages contradictoires. Un entraîneur qui protège, c’est quelqu’un qui régule, qui arbitre, qui assume ses décisions et qui soutient ses joueurs face à l’extérieur, même lorsqu’il y a des ajustements à faire en interne. Dans le sport, l’absence de protection se manifeste souvent par de la peur : peur de l’erreur, peur du jugement, peur de décevoir. À l’inverse, un cadre protecteur permet de canaliser l’énergie vers l’essentiel : le jeu, l’engagement et la progression collective.
La puissance finalement c’est ce que recherchent tous les entraîneurs. Une équipe puissante est une équipe engagée, responsable, capable de s’adapter et de répondre présente dans les moments clés. Cette puissance ne se décrète pas par des discours ou encore de la pression supplémentaire. Elle émerge lorsque les joueurs se sentent à la fois autorisés à être eux-mêmes et protégés par un cadre solide. Elle se traduit par de l’autonomie sur le terrain, de la confiance mutuelle et une capacité à faire face à l’adversité.
Pour l’entraîneur, intégrer la règle des 3 P, c’est accepter de questionner sa posture : suis-je en train de donner suffisamment de permission à mes joueurs pour apprendre et oser ? mon cadre est-il réellement protecteur ou génère-t-il de l’insécurité sans que je m’en rende compte ?
La règle des 3 P c’est donc un fil conducteur, un repère pour ajuster son leadership et sa relation à l’équipe.
Dans un quotidien souvent rythmé par l’urgence des résultats, elle invite à revenir à l’essentiel : créer les conditions dans lesquelles les individus et le collectif peuvent réellement donner le meilleur d’eux-mêmes.
Et si, au cœur de la performance sportive, le rôle de l’entraîneur était avant tout de veiller à cet équilibre, jour après jour, afin de permettre à chaque joueur et à l’équipe de déployer son plein potentiel ?