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Les vieilles recettes ne font pas toujours les meilleures performances
Mon actu c’est un échange dans lequel on m’a dit : « Regarde l’équipe cette saison. Ils refont ce qui a fonctionné l’an passé. Sauf qu’une saison ne ressemble jamais à une autre. Dans la performance, l’erreur, c’est de copier/coller. » Des mots très justes sur ce que l’on observe finalement assez régulièrement.
Cela me donne envie cette semaine d’inviter à questionner cette croyance très ancrée dans le monde du sport : l’expérience serait garante de la performance future.
Parce que la psychologie et les neurosciences nous disent autre chose.
Alors, est-ce « dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes » ?
Copier ce qui a marché : une fausse bonne idée ?
En performance sportive, il est tentant de penser que le succès se reproduit. Même méthode + mêmes joueurs = mêmes résultats.
Sauf que la performance n’est jamais une équation simple.
Et que « même » n’est jamais exactement « même ».
D’un point de vue scientifique, la performance est dynamique, contextuelle, et non linéaire. Elle émerge à chaque instant de l’interaction entre :
- Des sportifs qui évoluent,
- Un environnement qui change,
- Et un encadrement qui influence.
Une saison n’est jamais la copie de la précédente. Tout bouge. Les attentes, la fatigue, la motivation, les blessures, la pression, le contexte compétitif : tout évolue.
Copier/coller ce qui a fonctionné revient à faire comme si rien n’avait changé. Cela semble incohérent.
En neurosciences, l’apprentissage repose sur un principe fondamental : la plasticité cérébrale. Le cerveau se transforme en fonction des expériences qu’il vit.
Lorsqu’un environnement est trop prévisible, l’attention baisse, l’engagement diminue, la motivation s’use, et les adaptations ralentissent.
C’est souvent à ce moment-là qu’on entend : « J’ai l’impression de stagner », « On fait toujours la même chose », « Ça ne prend plus » …
La répétition n’est pas le problème. La répétition non interrogée l’est.
L’expérience est précieuse. Mais en psychologie cognitive, on sait qu’elle s’accompagne aussi de biais.
Deux en particulier concernent directement les entraîneurs :
- Le biais de confirmation (on cherche ce qui valide ce que l’on connaît déjà),
- Le biais du statu quo (on préfère ce qui est familier à ce qui est incertain).
Sous la pression des résultats, les attentes institutionnelles, le regard extérieur, … le cerveau humain va naturellement choisir la solution la plus rassurante.
Donc le problème n’est pas l’expérience. Mais c’est quand l’expérience empêche de voir ce qui est en train de changer.
On pourrait dire que performer, ce n’est pas reproduire, c’est s’adapter. Les travaux récents en psychologie du sport convergent sur un point central : la performance durable repose sur la capacité d’adaptation.
Et ce n’est pas parce que « c’est la mode » (j’en ai parlé dans un article récemment), mais parce que les joueurs, les circonstances, ne sont jamais les mêmes d’une saison à l’autre.
Se poser les bonnes questions devient alors essentiel : qui sont réellement mes joueurs aujourd’hui ? Qu’ont-ils intégré, digéré, dépassé ? Où en sont-ils physiquement, mentalement, émotionnellement ? Qu’est-ce que je maintiens par cohérence, et qu’est-ce que je maintiens par habitude ?
👉 En neurosciences, un système performant est un système capable de s’ajuster. Un système rigide finit toujours par se fragiliser.
Remettre en question le « vieux pot » ne signifie pas jeter l’expérience.
Au contraire.
L’expérience ça permet de repérer + finement ce qui ne fonctionne plus, d’oser ajuster plus tôt, de sentir quand un cadre doit évoluer. Les entraîneurs experts ne sont pas ceux qui répètent toujours la même méthode. Ce sont ceux qui savent quand la faire évoluer.
Les recherches en neurosciences et en psychologie de l’expertise sont claires : les experts ne sont pas + rigides que les autres. Ils sont + adaptables.
Et si la vraie question était ailleurs ?
L’expression « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes » rassure. Mais en performance sportive, cette croyance peut devenir un frein.
Chaque saison est différente. Chaque joueur évolue. Chaque collectif se transforme.
La vraie question n’est peut-être pas : qu’est-ce qui a marché l’an dernier ? Mais plutôt : qu’est-ce qui est pertinent maintenant ?
C’est souvent là que commence le vrai travail de l’entraîneur.
Pas dans la reproduction. Mais dans l’ajustement.