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par | 28 décembre 2025

Mercato de Noël : l’entraîneur signe chez sa famille

Ah Noël… Cette période étrange où l’entraîneur, habitué à gérer un vestiaire de joueurs sous pression, se retrouve soudain confronté à une équipe bien + imprévisible : sa famille 😊

Mon actu cette semaine c’est bien sûr la période des fêtes. Si beaucoup se réjouissent, il existe aussi des coachs qui appréhendent. Et je vous dirais que c’est bien naturel …

 

À première vue, Noël ressemble à une parenthèse. Une trêve bienvenue dans un calendrier bien chargé. Pourtant, pour certains entraîneurs, cette période est loin d’être reposante. Elle est même parfois redoutée. Non pas pour les repas trop copieux ou les débats sans fin, mais pour ce qui les attend presque à coup sûr : une succession de questions, de remarques, et d’analyses sur leur travail, souvent formulées par des personnes qui n’en connaissent qu’une infime partie.

Qui n’a pas vécu l’expérience de l’apéro où le beau-frère se transforme en sélectionneur ? Il t’explique calmement que ton problème est pourtant évident. Selon lui, ce joueur-là devrait jouer beaucoup plus. Il a de l’impact et « on voit bien qu’il apporte quelque chose quand il rentre ». Tu écoutes, tu hoches la tête, tout en sachant que ce joueur doit encore apprendre à gagner en constance et à travailler des aspects de son jeu. Limiter son temps de jeu fait partie d’une stratégie de progression à long terme, invisible de l’extérieur. Tu choisis parfois d’expliquer. Et puis parfois tu te demandes si l’énergie que va te demander la discussion (convaincre ton beau-frère ahah) ne serait pas mieux utilisée ailleurs.

Ou encore le cousin qui se lance dans un exposé passionné sur les équipes adverses. Selon lui, ton équipe souffre d’un déficit évident : « Tu vois, eux, ils ont un vrai meneur, un gars qui sait tout faire et qui porte l’équipe. Toi, tu n’as pas ce genre de joueur et ça se voit sur la glace. » Il enchaîne ensuite avec d’autres observations : la défense est trop lente, le pressing pas assez intense, le banc manque de profondeur. Chaque remarque est ponctuée du traditionnel « C’est pour ça que vous perdez », bien sûr prononcé avec un ton à la fois bienveillant et légèrement donneur de leçon. Et toi, assis à table, tu acquiesces en souriant intérieurement, tout en te disant que la soirée va être longue.

Lorsque l’équipe gagne, la discussion est légère. Les résultats parlent d’eux-mêmes et la conversation glisse rapidement vers autre chose.

Mais lorsque l’actu est + tendue, Noël peut devenir un terrain miné ! Les questions arrivent, pas agressives non, mais souvent maladroites, et parfois pesantes. On interroge les choix, les systèmes, la gestion des joueurs. On propose même des solutions, comme si la complexité du quotidien pouvait se résumer à quelques phrases échangées autour de la table.

Ce qui fatigue réellement, ce n’est pas la curiosité des proches. C’est ce que ces échanges provoquent intérieurement. Le besoin de se justifier. L’envie d’expliquer un contexte que personne n’a vraiment sous les yeux. La sensation d’être évalué dans un moment où l’on aurait simplement envie d’être présent, sans devoir endosser le rôle d’entraîneur.

Contrairement aux supporters ou aux médias, la parole des proches touche un autre endroit. Ça impacte davantage. Leur incompréhension peut parfois faire + de dégâts que la critique extérieure.

On aimerait être compris, ou tout du moins épargné.

Mais la frontière entre intérêt sincère et intrusion est parfois floue, et l’entraîneur se retrouve à dépenser une énergie mentale précieuse pour maintenir un équilibre dans l’échange.

Le réflexe est souvent le même. Expliquer. Nuancer. Donner des éléments. Remettre du contexte. Comme si une réponse suffisamment complète allait changer les choses. Pourtant, ces conversations ne cherchent pas toujours une vérité technique ou tactique. Elles sont parfois simplement une façon d’exister dans l’échange, de montrer que l’on sait, que l’on suit, que l’on comprend… Et toi, sans t’en rendre compte, tu continues à coacher. Tu coaches la discussion, tu régules les émotions, tu adaptes ton discours.

La vraie question n’est selon moi pas de savoir comment répondre, mais comment traverser cette période de fêtes sans y laisser trop d’énergie et de moral. Tout mérite-t-il vraiment une réponse ?

Accepter de répondre brièvement, éviter certains débats, ce n’est pas une fuite.

Se rappeler que l’on n’est pas en conférence de presse peut être salutaire.

À Noël, personne ne distribue de notes à la fin du repas, même si l’impression inverse est parfois tenace.

 

Peut-être que le leadership, dans ces moments-là, ne consiste pas à tenir bon mais à savoir se protéger. À poser des limites invisibles mais nécessaires. À accepter que tout ne soit ni expliqué, ni compris.

Se préserver n’est pas renoncer à son rôle, c’est lui permettre de durer dans le temps.

Allez, joyeuses fêtes à tous !

 

📸 Le cultissime « Die Hard » ou comment Noël peut parfois mettre à l’épreuve 😉