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« Pourtant, c’était clair »

Mon actu cette semaine, c’est une situation banale qui revient pourtant très régulièrement dans mon travail avec les entraineurs. Un coach donne une consigne. Une direction claire. Quelque chose qui lui semble évident, logique, impossible à mal interpréter. Et...

par | 21 décembre 2025

Coacher en situation : une approche contemporaine et puissante ; mais qui ne doit pas enfermer !

Mon actu cette semaine c’est une conversation autour de l’approche écologique dans le coaching : « Je comprends l’objectif et c’est bien de préparer les gars comme ça. Mais tu peux pas tout résumer à ça ! Si on t’a jamais appris à réaliser correctement un geste technique, comment peux-tu l’apprendre tout seul simplement par la mise en situation ? »

En fait, l’approche écologique (ou « action située ») s’appuie sur le postulat que faire répéter un geste « propre », isolé de son contexte, ne suffit pas à préparer les joueurs aux matchs. Ce constat n’est pas nouveau. Il s’appuie sur une observation simple : ce qui fonctionne à l’entraînement ne se transfère pas toujours en compétition. Pourquoi ? Parce qu’un match n’est pas une somme de gestes bien exécutés, mais une succession de situations à percevoir, interpréter et décider.

Une approche très contemporaine et puissante issue de la recherche en psycho de ces dernières années. Mais attention ! Quand une approche devient exclusive, elle fait oublier la complexité du terrain…

 

Comprendre l’approche écologique : agir, ce n’est jamais abstrait

L’approche écologique part d’une idée assez intuitive : un joueur n’exécute jamais un geste « en soi ».

Il agit dans un environnement :

  • Avec des co-équipiers et des adversaires,
  • Sous des contraintes d’espace et de temps,
  • Avec son état de fatigue, de stress, de confiance variable.

Dans cette perspective, le geste n’est pas quelque chose que l’on applique après réflexion.
Il émerge de la situation.

Le joueur ne se demande pas : « Quel est le bon geste à faire ? ». Il perçoit : une distance, une ouverture, une vitesse, une pression, … Et il agit en fonction de ce qu’il perçoit.

👉 L’action est donc « située » : indissociable du contexte dans lequel elle se produit.

Ce que cela change dans la manière d’entraîner :

Si l’on accepte cette idée, alors une conséquence logique apparaît : entraîner un geste hors contexte ne prépare qu’en partie à son utilisation réelle.

Les approches inspirées de l’écologie proposent donc de placer les joueurs :

  • Dans des situations incertaines,
  • Avec des contraintes variables,
  • Proches de la réalité du jeu.

L’objectif n’est pas seulement d’améliorer l’exécution, mais surtout la capacité à percevoir les bonnes informations, faire des choix, s’adapter quand la situation change.

La question centrale devient : est-ce que le joueur sait agir quand tout n’est pas idéal ?

Dans cette logique, l’erreur n’est plus uniquement un problème à corriger. Elle est une information.

Elle renseigne sur ce que le joueur a perçu (ou non), les solutions qu’il juge possibles, la manière dont il s’adapte sous contrainte. Je travaille beaucoup avec les sportifs et les coachs avec « l’entretien d’explicitation » de Paul Vermersch auquel je suis formée. Cet outil puissant permet de faire surgir et rendre explicite ce qui s’est passé dans l’action pour progresser. C’est assez incroyable d’efficacité pour aider à la compréhension et au développement.

La conversation que j’ai eue cette semaine est en réalité bien naturelle. Si l’approche écologique séduit, elle peut aussi inquiéter.

« Est-ce qu’on ne laisse pas trop de place au chaos ? »

« Est-ce qu’on doit s’entraîner uniquement comme ça ? »

Ces questions sont importantes.

Elles montrent que le coaching n’est pas une application de principes théoriques, mais une pratique humaine, contextualisée, imparfaite.

Et c’est ici que je vais être très claire sur mon positionnement.

Aucune approche ne peut être une vérité exclusive.

Je crois profondément à l’intérêt de l’action située. Mais je ne crois pas aux méthodes uniques.

Opposer le travail du geste vs le travail en situation, l’analytique vs l’écologique, le contrôle vs la liberté, revient souvent à simplifier un métier qui ne l’est pas.

Un joueur peut avoir besoin de répétitions sécurisantes pour construire des repères, et puis de situations complexes pour apprendre à les mobiliser. Un collectif peut gagner à être plongé dans l’incertitude, tout en ayant, à certains moments, besoin de clarté et de stabilité.

Je fais le choix assumé de la pluridisciplinarité !

S’inspirer d’une approche ne signifie pas rejeter le reste. Cela signifie élargir son regard.

La pluridisciplinarité, pour moi, consiste à comprendre les logiques derrière chaque approche, à choisir en conscience, et à ajuster en fonction du contexte, des joueurs, du moment.

Ce n’est pas un manque de cohérence. C’est une forme de fidélité à la réalité du terrain.

 

Peut-être que la vraie compétence du coach est là. Pas dans le fait d’appliquer une méthode « correcte », mais dans la capacité à se poser régulièrement cette question : pourquoi j’entraîne de cette manière aujourd’hui ?

L’approche écologique nous apporte quelque chose de précieux : cette invitation à regarder autrement le rôle de l’environnement, la place de la décision, la complexité réelle du jeu.

Mais sans jamais de certitude absolue. Sans recette universelle et magique.

Plutôt avec curiosité, humilité, et ouverture.