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« Pourtant, c’était clair »

Mon actu cette semaine, c’est une situation banale qui revient pourtant très régulièrement dans mon travail avec les entraineurs. Un coach donne une consigne. Une direction claire. Quelque chose qui lui semble évident, logique, impossible à mal interpréter. Et...

par | 7 décembre 2025

Et si résister à la pression c’était y céder ?

La pression fait partie du quotidien des coachs. Ils la connaissent trop bien.

Elle s’invite un peu partout, dans les réunions avec les dirigeants, dans les discussions avec les parents, dans les attentes des joueurs, dans les compétitions, et parfois même dans son lit au moment où on essaie de dormir.

Dans le sport de haut niveau, elle est presque devenue une norme. Elle fait partie du décor, au point que beaucoup d’entraîneurs finissent par croire qu’ils doivent la porter sans jamais flancher.

Après tout, un entraîneur ça « tient », c’est son rôle. Il porte les autres.

Mais derrière cette exigence silencieuse, une question essentielle se cache : que devient la pression quand elle n’a pas le droit d’être exprimée ?

Et si, finalement, la clé n’était pas de se battre contre elle mais de lui offrir un espace pour exister ?

Non pas pour vous submerger, mais pour vous libérer.

 

La pression est un phénomène normal, mais pas anodin ! Les neurosciences le montrent : lorsqu’un stress intense n’est pas reconnu ni exprimé, il ne disparaît pas.

Il se stocke.

Le système nerveux, lui, ne fait pas de différence entre un danger réel et une pression psychologique forte. Il active les mêmes mécanismes : accélération cardiaque, hypervigilance, tensions musculaires, fatigue décisionnelle, irritabilité.

Chez les entraîneurs, ces réactions sont souvent invisibles, parce que la culture du métier valorise le contrôle, la maîtrise, parfois même le sacrifice. Pourtant, ce « contrôle » permanent a un coût. Les recherches sur la régulation émotionnelle (notamment celles de Gross ou Damasio) montrent que suppression émotionnelle = augmentation du stress physiologique,

VS expression émotionnelle dans un cadre sécure = baisse de la charge mentale.

Le « céder » volontairement provocateur de mon titre ne signifie pas craquer, abandonner ou perdre pied. Céder, c’est accueillir ce qui est, permettre à l’émotion de faire son travail naturel plutôt que de la bloquer.

Lorsque vous laissez une émotion exister (peur, frustration, colère, sentiment d’impuissance, …) le cerveau passe automatiquement d’un mode de réaction automatique (amygdale) à un mode de pensée constructive (cortex préfrontal). Autrement dit :

  • Exprimer = récupérer de la clarté.
  • Autoriser = retrouver de la maîtrise.

C’est précisément ce qu’on attend d’un entraîneur : lucidité, hauteur de vue, capacité à décider.
Mais ces fonctions ne peuvent pas s’activer si la pression reste « coincée » en nous.

Les entraîneurs ont un rôle immense pour la perf de leur équipe … et un espace émotionnel minuscule !

La plupart des entraîneurs portent plusieurs rôles en même temps : manager de performance, leader d’équipe, soutien psychologique, médiateur, stratège. Or, dans de nombreux clubs ou structures, personne ne prend soin d’eux. J’ai toujours en mémoire ces paroles de coach : « Tu dois t’occuper de tout le monde mais personne ne s’occupe de toi ».

On valorise la compétence des coachs, leur disponibilité, leur engagement. Mais très peu d’environnements prennent en compte leur santé mentale, leurs besoins d’ajustement émotionnel, leur fatigue relationnelle.

Et c’est là le paradoxe : tous attendent du coach une performance émotionnelle mais aucun espace n’est prévu pour qu’il puisse « vider leur réservoir ».

Bien évidemment, céder à la pression ne doit pas se faire n’importe où, n’importe comment. Le but n’est pas d’exposer ses fragilités devant ses joueurs, ses dirigeants ou son staff.

L’idée c’est de disposer d’un espace sécure, confidentiel, professionnel, conçu précisément pour ça.

La supervision est cet espace.

Dans l’espace de supervision que je propose aux entraineurs avec lesquels je travaille, ils peuvent :

  • Déposer ce qu’ils ne peuvent pas dire ailleurs, sans jugement ;
  • Comprendre leurs réactions émotionnelles au lieu de les subir ;
  • Réduire la charge mentale accumulée ;
  • Retrouver de la lucidité dans les décisions ;
  • Analyser des situations difficiles sans pression de performance ;
  • Renforcer leur posture d’entraîneur sans sacrifier leur santé.

Ce n’est pas du confort.

Ce n’est pas du luxe.

C’est un outil professionnel de maintien de sa stabilité interne au même titre qu’un kiné, un ostéo, l’est pour le corps, ou qu’un préparateur mental l’est pour les joueurs.

Il est important de souligner que la vraie force n’est pas dans le contrôle permanent.

Elle est dans la capacité à créer des temps, des lieux où l’on peut lâcher, comprendre, décharger, réajuster.

Les entraîneurs avec qui je travaille et qui disposent de cet espace de supervision expriment souvent :

  • + de stabilité émotionnelle,
  • + de clarté dans leurs décisions,
  • Moins d’épuisement,
  • Une meilleure communication avec leurs joueurs et leur staff.

Et ainsi une meilleure capacité à résister à la pression. Parce qu’ils n’y résistent pas seuls. Parce qu’ils ne la refoulent pas. Parce qu’ils n’essaient plus de l’empêcher d’exister.

 

Quand la pression n’est pas gérée, quelle cesse d’être un défi stimulant, alors elle finit par user, « vider », et elle peut mener au burn-out. Le burn-out ne survient jamais d’un coup.
il arrive à force de résistance.

Alors derrière mon titre volontairement provocateur, je glisse bien évidemment la proposition d’accueillir ses émotions. Je l’ai évoqué dans mon précédent article, s’écouter, ce n’est pas céder à la fragilité : c’est investir dans sa capacité à continuer d’exercer son métier avec lucidité, énergie et justesse.

Et si c’était ça finalement la vraie performance : ne plus lutter contre la pression mais lui offrir un espace pour l’accueillir ?