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« Pourtant, c’était clair »

Mon actu cette semaine, c’est une situation banale qui revient pourtant très régulièrement dans mon travail avec les entraineurs. Un coach donne une consigne. Une direction claire. Quelque chose qui lui semble évident, logique, impossible à mal interpréter. Et...

par | 8 mars 2026

Le coach : ce joueur qu’il n’est plus

Dans beaucoup de sports, la trajectoire est classique : joueur puis entraîneur. On « raccroche les crampons », mais on reste dans le vestiaire. On quitte la glace, mais pas l’équipe.

Et pourtant, cette transition est souvent + complexe qu’il n’y paraît.

Car devenir coach ne consiste pas seulement à arrêter de jouer. Cela signifie aussi changer de place dans le collectif. Et pour un ancien joueur professionnel, parfois la difficulté peut commencer ici.

Mon actu cette semaine m’invite à explorer la posture du coach quand on a été joueur professionnel, voire capitaine d’une équipe pro.

 

Un ancien joueur devenu coach connaît parfaitement les codes de l’équipe : les discussions dans le vestiaire, les blagues d’avant match, les moments de relâchement après l’entraînement, les confidences dans le bus ou à l’hôtel, … Ce sont des espaces importants dans la vie d’une équipe. Mais lorsqu’on devient entraîneur, on n’y occupe plus la même place. Ce qui était naturel comme joueur peut devenir ambigu comme coach.

Faire partie du groupe, oui. Mais ne plus être un joueur parmi les joueurs.

Cette frontière est parfois difficile à redéfinir, surtout lorsque l’entraîneur a lui-même longtemps partagé ces moments avec ses coéquipiers.

Certains coachs, anciens joueurs, ont aussi eu le rôle de capitaine. Et il est tentant de penser que la transition vers le coaching est une simple continuité. Mais en réalité, les deux rôles sont très différents.

Le capitaine est un leader dans l’équipe. Il influence ses coéquipiers de l’intérieur.

Le coach, lui, est LE leader de l’équipe. Il structure, décide, régule, inspire, donne envie d’aller à la guerre pour lui.

La relation change donc profondément.

Un ancien joueur peut parfois avoir tendance à rester dans une posture de camaraderie : participer aux blagues comme avant, entretenir les mêmes codes relationnels, chercher à rester « un des leurs ». Si cela donne un véritable appui au coach pour créer l’alliance de travail avec les gars, cela peut être aussi bien évidemment problématique. Le problème n’est pas la proximité. Mais possiblement la confusion des rôles.

Les travaux en psychologie du sport montrent que le passage d’athlète à entraîneur implique une véritable reconstruction de l’identité professionnelle : l’ancien sportif doit progressivement quitter une identité centrée sur sa place dans le groupe pour adopter un rôle d’encadrement et de régulation. Cette transition demande souvent du temps, car les habitudes relationnelles construites pendant des années dans le vestiaire restent très présentes.

Les recherches sur la relation entraîneur–athlète montrent également que la clarté des rôles et des frontières relationnelles est un facteur important pour la confiance et le fonctionnement de l’équipe. Autrement dit : la proximité est utile, mais elle doit rester structurée.

Le risque : vouloir rester « un des gars ».

Quand le coach est perçu comme un pair, certaines décisions deviennent + difficiles à accepter (ou à prendre !) : le choix de composition, le temps de jeu, les sanctions. Le changement de posture devient alors visible dans les moments de tension.

De la même manière, les joueurs n’ont pas tous la même proximité avec le coach. Si le coach reste très intégré dans les interactions informelles du groupe, certains peuvent percevoir du favoritisme ou une forme d’injustice. Pas terrible pour être le leader inspirant…

On voit aussi que vouloir rester « dans le groupe » peut aussi devenir épuisant. Parce que le coach doit à la fois être proche, mais prendre des décisions impopulaires. Garder des confidences, et maintenir une équité dans le groupe. Ça devient rapidement une position parfois inconfortable quand la tempête gronde dans le championnat.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Evidemment, le passé de joueur est loin d’être un handicap. Il apporte même des ressources très précieuses. Parce qu’un ancien joueur comprend l’importance des moments informels dans la cohésion d’équipe, les dynamiques du vestiaire + finement, les moments où le groupe a besoin de relâcher la pression. Il sait aussi que le vestiaire fait partie de la performance collective. Et cette compréhension est souvent un atout pour construire un climat d’équipe solide.

La question n’est donc pas de se couper du groupe. Mais de trouver la bonne distance. Trouver la juste place. Ne pas chercher à devenir une figure totalement extérieure à l’équipe. Mais intégrer que son rôle soit différent. Dans le vestiaire par exemple, le coach partage certains moments, mais sans chercher à être au centre des interactions. Il laisse les joueurs s’approprier leur espace, tout en restant une présence structurante.

Comme toujours, je vous dirais que travailler quotidiennement sur sa posture de coach est indispensable au professionnel. C’est ce travail qui permet de percevoir quand on n’est pas tout à fait à la bonne place ou de dépasser certaines difficultés personnelles. J’accompagne les coachs qui veulent être des leaders inspirants pour leur équipe au service de sa performance. Et cela demande un effort continu de remise en question. Mais que c’est bon quand les résultats sont là !!

 

Passer de joueur à coach n’est donc pas si simple.

Il ne s’agit pas de créer une distance froide, mais une distance claire. Quitter le joueur sans renier son expérience du collectif. Son expérience qui peut devenir un formidable levier à condition d’accepter une réalité simple : le coach est toujours dans le vestiaire. Mais il n’est plus un joueur.

Et c’est précisément cette place qui lui permet d’emmener son équipe à performer.

 

📸 Didier Deschamps et l’EDF avant la séance de tirs au but contre le Portugal en 1/4 de finale de l’Euro 2024 (J-B.Autissier/L’Equipe)