Articles récents

« Pourtant, c’était clair »

Mon actu cette semaine, c’est une situation banale qui revient pourtant très régulièrement dans mon travail avec les entraineurs. Un coach donne une consigne. Une direction claire. Quelque chose qui lui semble évident, logique, impossible à mal interpréter. Et...

par | 25 janvier 2026

Leadership et coaching d’équipe : peut-on penser être « bienveillant » sans se tromper soi-même ?

Cette semaine j’ai lu un post au sujet de la bienveillance dans le coaching. C’est vrai que la « bienveillance » est un mot à la mode depuis quelques temps, on l’emploie beaucoup, un peu pour tout, une sorte de tarte à la crème. Mais ce post m’a arrêtée. Finalement, qu’en est-il réellement de la bienveillance dans le coaching d’équipe ?

Car derrière ce terme séduisant se cachent des pratiques très différentes, parfois même opposées. Entre une gentillesse qui évite les tensions, voire les fuit littéralement, une exigence assumée qui dérange, et des postures autoritaires parfois justifiées au nom de la performance, la bienveillance semble tout à la fois revendiquée et mal comprise.

Et si la bienveillance n’était ni ce que l’on croit, ni ce que l’on craint ?

Cet article n’a pas pour objectif de donner une définition de +. Mais comme d’hab, il est plutôt une invitation à réfléchir à sa posture de coach. Non pas à ce que l’on fait, mais à l’endroit d’où on le fait.

 

Bienveillance : un mot piégeux ?

Très souvent la bienveillance est confondue avec la gentillesse. Être bienveillant, ce serait être agréable, indulgent, éviter les conflits, protéger l’ego des joueurs. Une posture qui rassure et qui est parfois perçue comme incompatible avec l’exigence du sport de compétition.

Cette confusion est tenace et problématique.

Car par la gentillesse on cherche plutôt à préserver la relation et à éviter la tension. La bienveillance, elle, s’intéresse d’abord à ce qui fait grandir. Et ce qui fait grandir n’est pas toujours confortable.

Chez Aristote, la « philia », souvent traduite par amitié ou bienveillance, n’est pas une émotion « molle ». Elle implique de vouloir le bien de l’autre pour lui-même, et non pour préserver sa propre tranquillité ou son image de « bon coach », pas « pour que l’on m’aime ».

La vraie question est alors : quel est le « bien » que je vise pour mes joueurs ?

Être bienveillant, ce n’est pas éviter de dire. C’est choisir de dire avec justesse.

Un feedback clair, direct, parfois confrontant, peut être profondément bienveillant s’il est orienté vers le développement du joueur ou du collectif. Je dis souvent qu’un « coup de pieds au fesses » peut être bienveillant s’il a pour objectif de faire bouger le joueur.

À l’inverse, se taire, contourner, fuir, ou édulcorer par peur de déplaire est finalement très irrespectueux vis-à-vis de ses joueurs.

La psychologie humaniste, notamment avec Carl Rogers, pose trois piliers à toute relation de croissance : l’authenticité, l’empathie et le regard positif inconditionnel. Ce dernier est souvent mal compris. Il ne s’agit pas d’approuver tous les comportements, mais de dissocier la valeur de la personne de ses actes ou de ses performances.

Autrement dit :

  • Je peux exiger sans humilier.
  • Je peux confronter sans écraser.
  • Je peux poser un cadre ferme sans menacer l’estime de soi.

La fausse bienveillance et la vraie violence

À l’autre extrême, certaines pratiques se présentent comme bienveillantes alors qu’elles relèvent en réalité de la tyrannie. Justifier des accès de colère, des humiliations, ou une pression constante par la recherche de performance est une rationalisation bien connue. La psychologie du sport et les neurosciences nous montrent pourtant les effets délétères de la peur chronique : baisse de la créativité, rigidité cognitive, fragilisation de la confiance et augmentation du risque de décrochage.

Cela peut fonctionner sur le court terme (on a de nombreux exemples de coachs en tête) mais on le sait, les sportifs l’expriment très bien, à moyen terme c’est littéralement tuant.

La tyrannie n’est pas de l’exigence. C’est une relation asymétrique où le pouvoir est utilisé pour contrôler plutôt que pour responsabiliser.

La bienveillance, elle, n’annule pas l’asymétrie coach-joueur, mais elle en fait un levier de sécurité et de croissance, pas un outil de domination.

La question clé devient alors inconfortable, mais essentielle : à qui sert réellement ma manière de coacher ? À l’équipe ? Aux joueurs ? Ou à mes propres besoins (être reconnu, craint, admiré, aimé) ?

La bienveillance n’est pas une technique. C’est une posture.

Et toute posture s’enracine dans une vision de l’humain. Comment voyez-vous vos joueurs ?

Se dire bienveillant ne suffit pas. La vraie question est : comment ma posture est-elle vécue par ceux que j’entraîne ?

Cela suppose d’accepter de se remettre en question. D’observer ses réactions sous stress. De reconnaître ses zones de rigidité, ses peurs, ses automatismes hérités de sa propre histoire sportive.

 

La bienveillance n’est ni du laxisme, ni de l’autoritarisme.

Elle se situe dans un espace exigeant :

  • Un cadre clair,
  • Des attentes élevées,
  • Une considération profonde pour l’humain derrière le chandail.

C’est une voie inconfortable parfois, qui demande de l’intention, de la lucidité et du courage.

Alors peut-être que la bonne question à se poser n’est pas : « suis-je bienveillant ? »

Mais plutôt : « dans mes choix quotidiens de coach, qu’est-ce que je cherche réellement à faire ? »